<![CDATA[Ni les Femmes ni la Terre !​ ¡ Ni las Mujeres, ni la Tierra ! - Carnet de voyage]]>Sun, 13 Dec 2015 11:05:20 +0100Weebly<![CDATA[Festival de las Mariposas]]>Tue, 08 Dec 2015 20:27:48 GMThttp://nilesfemmesnilaterre.weebly.com/carnet-de-voyage/festival-de-las-mariposas
Après Zapala, nous voilà à Junin, dans la province de Buenos Aires où nous assistons au premier Festival de las Mariposas : une rencontre féministe d'art scénique indépendant. Las mariposas (les papillons) sont un symbole fortement utilisé ici, le papillon rouge représentant le féminicide, le papillon violet la lutte féministe. Ce festival a pour but de valoriser et promouvoir le travail d’artistes femmes indépendantes et féministes (comédiennes, metteures en scène, musiciennes, chanteuses, circassiennes…) et des propositions artistiques et militantes créées pour l’espace public.

Les organisatrices ont de plus choisi la ville de Junin comme lieu d’inauguration du festival du fait du conservatisme extrêmement fort de ses habitants et de la municipalité. 


Le vendredi soir, le festival présente un spectacle théâtral et musical : « ensayo de senoronas ». Les voix d'Angie, Amanda et Silvia nous transportent dans un voyage à travers le répertoire musical de chanteuses et compositrices argentines méconnues. En passant par des émotions diverses, de la joie à la tristesse, le public est rapidement conquis.
Le samedi, une table ronde est organisée par l’association Acciones Feministas autour du thème : Cycle de la violence patriarcale. Les échanges animés se centrent sur le parcours du combattant des femmes souhaitant dénoncer des violences, entre culpabilisation, déni et indifférence, voire carrément confrontation à des professionnels eux-mêmes auteurs de violences. Jusqu’ici, rien de très dépaysant ! Puis nous assistons à une conférence et à la présentation du livre « Ninguna mujer nace para puta » (« Aucune femme ne naît pute ») de Sonia Sanchez. C’est un moment très fort émotionnellement où par son témoignage, Sonia nous explique en quoi l’abolition de la prostitution est essentielle. A la fin de cette conférence, les Desbandadas prennent la rue et jouent. Le soir, une pièce de théâtre « Que me tapen la espalda » du groupe Grupo Spalto Teatro est présentée. Mise en scène par Graciela Musotto, quatre actrices nous font vivre ou revivre les violences que subissent les femmes au cours de leur vie (violences dans le couple, interdiction d’avorter, contrôle de la sexualité…). Avec un jeu d’actrices impressionnant et des images symboliques fortes comme celui de l’accouchement où un long tissu rouge s’écoule lentement vers les spectateurs, la pièce nous laisse un souvenir marquant.

​Le dimanche, c’est l’heure de présenter la performance collective proposée par Sabrina Califano autour du lac de Junin, avec pour but de dénoncer le féminicide en rappelant le nom des femmes victimes de ce crime. La veille, nous participons à la répétition avec les Desbandadas, qui prennent en charge la partie rythmique/musicale de la performance. Avant de répéter la performance proprement dite, Sabrina nous initie à des techniques de création d’un « corps collectif », ce qui permet de se reconnecter avec son corps et celui des autres, créer une énergie dans le groupe, qu’on soit connectées les unes aux autres sur les plans sensoriel et physique, qu’on ne fasse qu’une. On commence par se faire des massages l’une l’autre. On n’est pas du tout habituées à être touchées, à toucher, mais on est dans un tel esprit de confiance, de prendre soin les unes des autres, qu’on ressent pas du tout ces massages comme intrusifs, alors qu’on ne se connait pas toutes. Au contraire, ça génère une connexion sensorielle très difficile à décrire, mais très forte. Ensuite on marche, dans tous les sens, et chacune doit fixer un point, en mettant sa volonté dans chaque pas. Il s’agit de générer la perception chez le public d’une personne sure de soi, et d’où elle va. Après on doit marcher en se regardant. Puis on se regroupe et on a marche, en groupe serré. On a pu créer un corps collectif, soudé, avec une volonté précise. Ça fonctionne tellement bien que, pendant la performance, en plein air, face à du public, aucune de nous n’a vraiment conscience des gens autour ! On est absorbées dans ce qu’on fait, très conscientes des actions des autres performeuses, comme si on était dans une bulle. C'est un moment très fort en émotion, où le groupe de performeuses au son des percussions ne fait plus qu'un. Les noms sont criés, le violet et le noir se mêlent, les tambours résonnent, les bâtons frappent le sol puis le silence s'installe.

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<![CDATA[Procès de Relmu Ñamku, Mauricio Rain et Martín Maliqueo]]>Fri, 06 Nov 2015 01:37:26 GMThttp://nilesfemmesnilaterre.weebly.com/carnet-de-voyage/proces-de-relmu-namku-mauricio-rain-et-martin-maliqueo

​Le procès de Relmu Ñamku : "Nous sommes mapuche, donc nous défendons notre territoire."

Aux rencontres nationales de femmes, à la réunion de féministes latinoaméricaines, Relmu Ñamku vient exposer sa situation et demander de l’aide. Elle est accusée par la justice de Neuquén de tentative d’homicide, pour avoir jeté une pierre à une auxiliaire de justice venue la déloger de chez elle, avec des bulldozers, la police, et une police privée. Le terrain sur lequel elle vit est situé au-dessus d’un puits de pétrole, et elle a refusé de laisser une multinationale, YPF, exploiter le gisement. Un jour, alors qu’elle veillait, avec sa famille, un bébé mort des suites de malformations liées à la pollution de la multinationale, les bulldozers sont venus pour raser sa maison. Elle, ainsi que d’autres membres de sa famille, se sont défendu-e-s en jetant des pierres. Ils et elles ont appris par la suite que l’auxiliaire de justice avait été blessée d’une pierre. Elle encourt donc 15 ans de prison, et demande du soutien. On décide alors d’aller assister au procès. 
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On arrive à Zapala, une ville de 45 000 habitant-e-s, jeudi 29 octobre. Le procès a lieu à l’extérieur du tribunal, dans un petit chapiteau pouvant recevoir une cinquantaine de personnes.
Étant donnée la lourdeur de l’accusation, il y a un jury, composé à moitié de personnes mapuche.
Il s’agit du premier procès de ce type en Amérique Latine. Le procès dure 10 jours, entre le 26 octobre et le 4 novembre. Deux autres personnes sont accusées, dont le mari de Relmu, mais avec des chefs d’accusation bien plus légers.


Pendant toute la semaine, une mobilisation se tient à l’extérieur du procès. Des figures importantes des luttes en Argentine se relaient pour soutenir la communauté : des leaders mapuche, syndicalistes, et la présidente de l’association des mères de la place de mai, qui depuis la dictature cherchent leurs enfants disparus par les forces armées. 




​Nous assistons à plusieurs cérémonies mapuche, qui ont lieu au lever du soleil, ou pendant la journée, avec des chants, des danses, des incantations…



​Pendant le procès, nous voyons se relayer à la barre des témoins, membres de la famille, mais aussi une avocate spécialisée en droit des indigènes, une anthropologue… qui donnent des éléments de contexte sur ce cas. Nous apprenons des personnes que nous rencontrons sur place que la procureure qui mène l’accusation est impliquée dans plusieurs scandales liés aux violations de droits humains, notamment d’abus de pouvoirs de la part de la police. Parallèlement, l’auxiliaire de justice qui a été blessée demande 7 millions de pesos de dommage et intérêt à l’État et à l’entreprise YPF, à l’occasion d’un autre procès en civil qui aura lieu prochainement. Ça met la procureure dans une situation contradictoire, vu qu’elle est connue pour protéger systématiquement les intérêts de l’État et des multinationales contre ceux des peuples originaires. Et là, obligée d’accuser en même temps les trois entités (État, entreprise, Mapuche), elle fait tout son possible pour charger la barque de ces derniers, alors que tous les témoins vont dans le sens inverse.



​Les Mapuche que nous rencontrons sont impliqué-e-s, en tant que membres de leurs communautés, dans des luttes autour du territoire, et contre des multinationales : Apache Corporation, Souther Copper, Shell… Ils et elles nous racontent que les multinationales corrompent les gouvernements locaux, ou profitent de la misère de certaines familles pour leur faire céder leurs terrains. Parfois, il s’agira de faire miroiter à une famille la possibilité de soins médicaux pour un enfant, parfois, en cas de refus, on fera venir la police, mandatée par des juges véreux, pour expulser les communautés.



Finalement, le jury populaire prononce la relaxe pour les trois Mapuche accusé-e-s, mais déclare Relmu coupable, sans la condamner. La procureure n’aura jamais réussi à produire de témoins attestant avec certitude la responsabilité de Relmu dans le jet de pierre ayant blessé la fonctionnaire de justice qui a déposé plainte. Le dernier jour, à l’annonce de la sentence, tout le monde exulte, et il s’agit pour beaucoup d’une « victoire historique du peuple mapuche ». D’autres nous diront qu’on est face à un précédent en matière de défense des droits des indigènes. 

​Nous repartons de Zapala avec l’impression qu’effectivement, quelque chose d’important s’est joué. Et nous sommes agréablement surprises de l’ouverture avec laquelle beaucoup de Mapuche nous ont accueillies. Ces quelques jours ont été l’occasion de nombreuses rencontres et échanges sur les luttes, et sur la vie des Mapuche. Nous espérons que nous pourrons approfondir ces questionnements lorsque nous reviendrons en Patagonie, s’il nous est possible de se rendre dans une communauté.

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<![CDATA[Rencontre avec les communautés mapuche]]>Wed, 04 Nov 2015 22:10:44 GMThttp://nilesfemmesnilaterre.weebly.com/carnet-de-voyage/rencontre-avec-les-communautes-mapuchePhoto

Rapidement après être arrivées à Bahia Blanca, nous rencontrons une femme Mapuche, qui met en place des activités culturelles dans la ville. Nous la connaissons lors d’un atelier de sculpture d’argile dans un centre culturel autogéré, la Nave (le vaisseau). Elle nous explique qu’il s’agit de réaliser une sculpture en bas-relief sur tout un pan de mur, qui représente la Pacha Mama (« Terre-Mère », ou « Cosmos » ou « Univers », selon les traductions) sous forme d’une femme-arbre. Elle, ainsi qu’une autre Mapuche que nous rencontrons quelques jours plus tard, nous racontent quelques éléments de la Cosmovision Mapuche. Toutes les deux sont nées en ville, de familles venant de la campagne. C’est au cours de leur vie qu’elles ont décidé de réapprendre et transmettre des traditions ancestrales, comme des rituels, des savoirs artisanaux de céramique, tissage, travail du métal… Maintenant, elles essaient de faire vivre leur culture, de la diffuser, et de produire d’autres discours sur leur peuple, contre le discours officiel qui réduit les Mapuche à un peuple semi sauvage, ayant disparu avec la colonisation.















​D’ailleurs, beaucoup d’Argentin-e-s sont d’origine Mapuche, mais refusent de s’approprier ces origines, car ce peuple est la cible de beaucoup de discrimination et de racisme. Nous rencontrons, à Zapala, d’autres Mapuche, avec qui nous discutons de la culture Mapuche. Leur cosmovision (mythologie, manière de voir…) est organisée autour du chiffre 4 : les quatre points cardinaux, les quatre éléments, les quatre étoiles de la croix du sud… Les chiffres sont très présents dans la culture mapuche : pour dire bonjour, on dit « Mari Mari », qui veut dire littéralement « dix dix ». Le cri de guerre des mapuche, parfois utilisé dans les rituels, signifie « dix fois nous vaincrons ». La Terre, l’Air, l’Eau, le Feu, sont les quatre éléments de vie, qui ont une très grande importance dans leur vision.
Dans toute l’Amérique Latine, on entend parler de la « Pacha Mama », parfois traduite comme « Terre Mère ». C’est un terme de la langue quechua (bolivie), qui en fait veut dire Cosmos. Dans la cosmovision de la plupart des peuples originaires, la Pacha Mama, ou en mapudungun « Meli Witran Mapu », (« les 4 points de la Terre ») est représentée comme une personne, comme un être.

Contrairement à notre vision occidentale, où nous, les humain-e-s, dominons la Nature, qui est un objet, les Mapuche et d’autres peuples, représentent l’être humain comme étant une partie du Tout, qui est plus large que la Terre, ou le ciel. Meli Witran Mapu, ou la Pacha Mama, est dotée d’une force propre, et il faut lui rendre ce qu’elle nous donne : traditionnellement, quand on mange, boit, ou fume, il faut rendre une partie à Meli Witran Mapu, et verser une partie de ce qu’on prend dans la Terre, comme remerciement. Des femmes Mapuche nous décrivent le fonctionnement des communautés, qui sont organisées autour d’un principe d’horizontalité.
De même, traditionnellement, les rôles au sein de la communauté ne sont ni attribués en fonction de la famille, ni par vote. Mais c’est assez compliqué : on entend plusieurs théories sur l’attribution et la transmission des rôles : à la naissance, en rêve, ou encore entre générations. Quand une personne ayant un rôle meurt, apparemment, sa connaissance retourne à la Nature, et éventuellement une autre personne la reçoit quelques jours plus tard. Finalement, d’autres Mapuche nous disent qu’elles et ils ont voté pour remplacer leur chef, donc finalement, on dirait qu’il n’y a pas (plus ?) vraiment de règles.
En tout cas, tout le monde nous dit qu’en Argentine, les Mapuche ont pour la plupart perdu la connexion spirituelle, liée au territoire, qui cimente la communauté. Donc la plupart d’entre elles ne sont pas structurées selon les règles traditionnelles. En même temps, le gouvernement argentin a mis en place une loi censée garantir les droits collectifs indigènes : pour que les communautés fassent valoir leur droit au territoire sur lequel elles vivent. Celles-ci doivent réaliser une démarche administrative très complexe, en indiquant précisément les postes occupés par chaque personne, selon les règles traditionnelles.
Il y a 3 grandes fonctions : werken, machi, longko. Il y a aussi des guérisseur-se-s (pillankuce), et d’autres rôles. Le/la Werken transmet les messages entre les communautés. C’est comme un/e porte-parole, ou représentant-e. Les machi ressemblent à des chamans : elles et ils ont la connaissance, la sagesse, et peuvent, en rêve, voyager dans l’espace et le temps. Les machi peuvent guérir l’âme et le corps, rétablir l’équilibre. Ce sont aussi des guides spirituels. Les longko et inal longko sont les chefs (en gros n°1 et n°2) de la communauté. Mais une militante mapuche nous explique que, justement, la plupart d’entre elles ne correspond plus à cette organisation, et ne peut faire cette démarche, ou alors le fait en tirant au sort les rôles. Du coup, cette loi a l’effet pervers de laisser le choix entre ne pas faire valoir le droit à la terre, ou faire un simulacre d’organisation communautaire déconnectée de la réalité.

Nous rencontrerons au cours de notre voyage d’autres Mapuche, qui travaillent à récupérer et à se réapproprier leur culture, et qui revendiquent une autre manière de vivre et de vivre avec l’environnement. Les Mapuche, comme d’autres peuples dits « originaires » en Argentine vivent surtout à la campagne. Souvent, ils et elles affrontent des tentatives d’expulsions et de saccages de leurs territoires de la part de l’Etat et des multinationales minières ou pétrolières. C’est un maillon de plus de la chaîne de massacres, expropriation, réduction en esclavage, mise en place depuis la colonisation par l’Etat espagnol. Depuis des centaines d’années, au fur et à mesure de l’avancée de l’armée espagnole, puis de l’armée argentine à partir de l’indépendance, puis enfin des multinationales aidées par la police actuelle, les peuples se voient refuser le droit de rester sur des territoires ancestraux. Leurs territoires, souvent considérés comme sacrés, sont, malheureusement pour eux, situés la plupart du temps au-dessus de grosses réserves de pétrole, ou de minerais. Ils doivent reculer de plus en plus loin dans les montages, ou alors, privé-e-s de leurs terres, subissent un exode forcé vers les villes. 
Donc il est très difficile pour les Mapuche « urbains » de conserver un lien avec le territoire, qui est, dans leur cosmovision, la source de leur spiritualité, de leur force, et de leur vie, tout simplement : Mapuche, en Mapudungun (langue mapuche) veut dire « Êtres de la Terre ».
Beaucoup se retrouvent déracinés, et la règle est qu’ils et elles occupent les emplois les plus mal payés : construction pour les hommes, travail domestique pour les femmes.

​Finalement, les militant-e-s mapuche qu’on rencontre ont des positions très différentes sur leur culture, leurs traditions, leurs rituels, et y sont plus ou moins attaché-e-s. C’est de toute façon difficile de récupérer toute cette histoire, alors que son cours a été interrompu brutalement par la colonisation. On nous dit souvent qu’il y a des connaissances très parcellaires, que chaque Mapuche se retrouve avec un bout de l’histoire de son peuple, et tout le travail de recoller les morceaux reste à faire. 




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<![CDATA[Bahia Blanca]]>Fri, 30 Oct 2015 18:51:59 GMThttp://nilesfemmesnilaterre.weebly.com/carnet-de-voyage/bahia-blancaPhoto
Après la rencontre nationale des femmes à Mar del Plata, nous sommes invitées par des féministes rencontrées sur place à Bahia Blanca. Parties au début seulement pour quelques jours, nous restons deux semaines tant cette ville et ses féministes nous offre de nombreuses ressources pour notre documentaire.



















Réunion du Collectif Féministe de Bahia Blanca, octobre 2015

Au fil des rencontres, nous assistons aux réunions de différents collectifs : le Collectif Féministe de Bahia Blanca, Mujeres por el Buen Vivir (femmes pour le bon vivre/ défense de la terre et des droits indigènes) ainsi qu'à un atelier sur les questions de genre. Notre projet est très bien accueilli par les féministes de Bahia Blanca, qui nous ouvrent leurs portes : les premiers entretiens peuvent commencer. 

Réunion Mujeres por el Buen Vivir, Octobre 2015 

Nous commençons par interroger une femme mapuche, Evis Millán, activiste du collectif Mujeres por el Buen Vivir qui nous fait partager les techniques traditionnelles de céramique (elle anime un atelier de céramique, une fois par semaine), et sa lutte pour la préservation de la culture mapuche.



La deuxième interview est menée avec Silvia Palumbo, directrice d'un groupe de percussion féministe : les Desbandadas. A la suite de cet entretien, nous assistons à un entraînement du groupe et nous découvrons leur musique, qui devient un élément important au sein du documentaire. 
Entrainement des Desbandadas, octobre 2015

​Nous y rencontrons aussi Veronica Bajo, animatrice de plusieurs chroniques féministes à la radio et activiste au collectif Acciones Feministas qui nous raconte sa lutte actuelle contre l’élection de reines de beauté (miss) par les villes d'Argentine. De plus, elle nous invite à intervenir lors de sa chronique pour présenter notre projet, et parler du féminisme en France.

Veronica nous met aussi en contact avec Fabiana Mendez, activiste du collectif de défense de la culture mapuche de Bahia Blanca. Une interview touchante qui transmet la culture mapuche et ses nombreuses luttes contre l'expropriation des terres.
Notre dernier entretien aborde la lutte pour le droit à l'avortement avec deux activistes des Socorristas en Red (« secouristes en réseau ») G. et M. accompagnent des femmes souhaitant avorter. Elles nous décrivent leurs différentes actions ainsi que les moyens mis en œuvre pour aider ces femmes.

Nous repartons de Bahia Blanca avec de nombreuses heures de rush, des contacts, des réponses mais aussi d'autres questionnements. En deux semaines, nous avons pu interroger, discuter avec des femmes de différents âges, milieux sociaux qui luttent certes de manière différente mais pour les même droits.
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<![CDATA[30ème Rencontre Nationale de Femmes​]]>Fri, 16 Oct 2015 13:22:43 GMThttp://nilesfemmesnilaterre.weebly.com/carnet-de-voyage/30eme-rencontre-nationale-de-femmes1Jour 2

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Le lendemain, nous explorons les ateliers ciblés environnement à la recherche d’une convergence entre les luttes féministes et écologistes, ce qui apparaît difficile. Pour autant, les discussions sont riches et nous apprennent beaucoup.
Un groupe de mères de la communauté Ituzaingo, située près de Cordoba, témoignent lors d’un atelier. Elles luttent contre la fumigation (libération de pesticides et de gazs polluants) qui entraîne des malformations et maladies graves chez leurs enfants. Cette problématique est importante en Argentine. Nombreuses sont les régions contaminées par les mégaprojets et l´agriculture intensive (notamment du soja) et les conséquences sanitaires font des centaines de milliers de victimes chaque année.
Les peuples originaires sont parmi les premières victimes de cette situation. Une bonne partie de ces communautés vivent en effet au-dessus de nappes de pétrole et de gaz et subissent une répression féroce lorsqu’elles tentent de se défendre contre l’expropriation ou la contamination de leurs terres. Les femmes de ces communautés reprochent aux mouvements féministes de les oublier et leur demandent soutien et solidarité. C’est finalement lors du dernier atelier que la discussion aborde une analyse écofeministe des luttes socioenvironnementales. Le constat est le suivant : les femmes sont les premières affectées par les conflits socioenvironnementaux dans le sens où ceux-ci ont un impact important sur la santé reproductive (infertilité, malformations), et que les femmes ont majoritairement en charge la gestion de l’eau et de la nourriture. C’est donc en tant que femmes pourvoyeuses de soin qu’elles luttent et s’organisent. L’atelier se termine, on discute avec certaines participantes et on s’échange nos mails, en espérant obtenir des entretiens.

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Retour Plaza Mitre.






Un micro ouvert a été installé et des femmes de toute l’Amérique Latine ainsi qu’une activiste kurde se succèdent pour parler de la situation des femmes dans leur pays et de leurs luttes. Elles racontent l’interdiction d’avorter (seul l’Uruguay l’autorise), les viols, violences conjugales et féminicides (au Honduras par exemple, une femme meurt toutes les 3h du fait d’être femme), occultées, intériorisées. Elles font partie de collectifs d’artistes, de travailleuses sociales militantes, de révolutionnaires, d’associations, de partis politiques ou d’espaces communautaires. Elles disent la rage mais aussi les (petites) victoires et surtout l’espoir que donnent ces rencontres de 65000 femmes rassemblées pour la même cause. Parmi elles, une femme Mapuche, Relmu Namku, prend la parole. Elle va être jugée dans quelques semaines pour avoir jeter des pierres contre les voitures de police venues la déloger de chez elle au profit de l’entreprise pétrolière Apache. 



​En fin de journée, la grande marche de la rencontre débute. Pour nous, c’est du jamais-vu, la ville semble appartenir aux femmes... La foule s’étend sur près d’un kilomètre et couvre sur son passage les murs de graffitis, affichettes et peintures. Les chansons et slogans sont ininterrompus et restent en tête. On les imagine bien en BO du documentaire. Christina Kirschner (présidente de l'Argentine) et le Pape sont des thèmes récurrents et on découvre la chanson “Ni una menos”, créée au moment des marches contre les féminicides. L’énergie est vraiment impressionnante, impossible de nous rater ! L’idée qui nous vient immédiatement à l’esprit est : avec 65000 femmes, on fait une révolution.



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<![CDATA[30ème Rencontre Nationale de Femmes​]]>Thu, 15 Oct 2015 14:51:01 GMThttp://nilesfemmesnilaterre.weebly.com/carnet-de-voyage/30eme-rencontre-nationale-de-femmesJour 1

Après quelques jours à Buenos Aires, direction Mar del Plata, à 800km de la capitale fédérale. Nous allons assister à la 30e Rencontre Nationale de Femmes, événement féministe national qui se tient tous les ans dans une ville différente. Les organisatrices attendent cette année plus de 60 000 femmes... impossible de rater ça ! ​Au mois de juin dernier, des marches contre les féminicides ont rassemblé des milliers de femmes et d´hommes dans tout le pays et la rencontre promet de refléter cette mobilisation inédite.
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L´ouverture de la rencontre se déroule dans un parking couvert à côté du stade principal de Mar del Plata. Deux jours avant, la municipalité a refusé aux organisatrices l'accès au stade, où devait initialement se dérouler l´ouverture, sans explication. Le parking est sombre et glauque et reflète bien le mépris des autorités locales pour cet événement et pour les droits des femmes en général. Mais lors de l'ouverture, la foule est impressionnante, les femmes chantent, scandent des slogans et certaines jouent des percussions. Elles ont des banderoles et des pancartes représentant leurs organisations partisanes, collectifs militants ou la ville d´ou elles viennent. Certaines ont également des photos de femmes assassinées et parfois les photos des assassins, leurs conjoints. L´énergie est telle que finalement, on écoute moins les discours que la foule.



​A la fin de l´ouverture, nous nous dirigeons vers la Plaza Mitre, place centrale de la rencontre. Les différentes organisations présentes tiennent des stands avec brochures d´informations, vente de t-shirts, pin´s aux slogans féministes ou encore DVD et bouquins sur les questions de genre, l'éducation populaire, la dictature… Les femmes flânent, se rencontrent, discutent. Cette place est finalement un espace d'échange aussi important que le reste.

L'après midi et le lendemain se déroulent les ateliers. Les thématiques sont larges et vont des droits sexuels et reproductifs aux femmes en milieu rural, en passant par leur place en politique, dans l'économie ou encore dans les arts.
Impossible de tout faire et nous assistons finalement a un atelier organisé par les Socorristas en Red, un réseau de militantes qui lutte pour le droit a l'avortement, soutien, informe et conseille les femmes souhaitant interrompre leur grossesse. On se retrouve dans la salle de classe d'une école de la ville. Une 30e de femmes y participent, on s'assoit ou l'on peut et le maté tourne. La moitié des femmes ne sont pas militantes (elles se disent "indépendantes") et viennent chercher de l'information sur les questions d´avortement, les autres sont activistes dans différentes organisations.

L´avortement est en effet criminalisé en Argentine, exception faite du risque pour la santé ou la vie de la mère et d'une grossesse issue d'un viol ce qui entraîne une mortalité maternelle importante, l'une des plus élevée du continent et essentiellement due à des avortements clandestins.
En tant que française, la législation argentine a de quoi étonner. En effet, les femmes ne peuvent avorter librement mais le mariage a été ouvert en 2010 aux couples LGBT et les personnes trans peuvent changer de sexe à l'état civil sans devoir passer par un parcours médicalisé.
En réalité, ces avancées sont le résultat d´une histoire sociale particulière, de la mobilisation de la communauté gay principalement et de l'opportunité économique que celle-ci représente pour un certain nombre d'entreprises. Au contraire, l'avortement reste tabou dans un État catholique où l'Église conserve un poids important sur l'institution de la famille et notamment depuis l'élection d'un Pape argentin.
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